Au bord du gouffre

Quand on a marché très longtemps sur une route parfaitement balisée, s’aventurer sur des sentiers inconnus peut-être effrayant. Je vois la fin de mes études arriver avec  un mélange d’excitation et d’angoisse. Le vide se rapproche, ce vide insondable que personne d’autre ne peut explorer, pas d’éclaireur, il faut se retrousser les manches, tailler son chemin dans le brouillard. Seule.

Ce sentiment, je le connais bien. Déjà au collège, face au conseiller d’orientation, il était là. Qu’est-ce que je vais faire de ma vie ?  Tous les jours j’essayais un métier, comme un enfant qui s’amuserait à se déguiser. Je me suis imaginée pompier, comédienne, ingénieure, ornithologue… j’ai fait trois mille test de personnalités pour trouver LE métier idéal. Aucun ne tenait plus d’une semaine. La seule certitude qui n’est jamais partie c’est la volonté d’écrire, de raconter des histoires.

Mais, on ne peut pas vraiment gagner sa vie en écrivant, si ? Je sentais, et je sens encore la pression de la société, du système scolaire, insidieuse, essayer de me pousser dans le moule et hop au four et au moulin.

J’ai tracé ma route scolaire et universitaire sans trop savoir où j’allais. Je n’ai pas choisi les voies avec le plus de débouchés, (au contraire) mais celles qui me plaisaient et je ne regrette rien. Les angoisses étaient présentes à chaque étape, elles le sont plus que jamais. Cette petite voix qui s’inquiète de savoir comment tout ça va finir, si la route mène quelque part. Je ne veux pas que cette route mène à cinq semaines de vacances par an, ni à l’attente de la retraite pour « profiter ». Je ne veux pas que cette route mène à un métier qui assure une sécurité financière au détriment des rêves.

Et pourtant, il faut vivre,  être capable de s’assurer un toit et de la nourriture. Une autre vie est-elle possible ? Hors des sentiers battus, hors des cadres rigides ?

 

 

 

 

Elodie Lauret Écrit par :

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