Dans ma mémoire : soir de fête

Nous sommes prêts, ma mère, mon frère et moi. Dans la salle à manger on attend. Je scrute la porte, elle s’ouvre : c’est lui, mon père. Il danse, un sourire fiché entre les pommettes, une odeur entêtante de parfum trop fort émane de lui. Sa bouche s’agite et des sons graves, incompréhensibles, insensés, absurdes s’en échappe. Ma mère affirme que non, on n’ira pas, pas dans son état, qu’il ne peut pas prendre le volant comme ça. Et moi, je ne veux rien entendre, j’insiste. C’est elle, la méchante dans l’histoire, celle qui ne veut pas qu’on s’amuse, celle qui prend toujours la tête à papa, celle qui refuse que l’on aille ce soir chez mes grands-parents, pas étonnant qu’il ne rentre plus tous les soirs à la maison. Je défends mon père comme je peux, face aux arguments acérés de ma mère et, à bout de force, à court de défenses, elle finit par céder.

Ravie je m’installe dans la voiture, à l’arrière avec mon frère. Maman s’installe entre nous, sans dire un mot, le visage fermé — par la colère ? — elle nous serre contre elle.

Ici, tu devrais avouer, dire la vérité maintenant que tu la sais. Dire ce que t’a raconté ta mère, lorsque tu lui as parlé de cette soirée, comme elle a démenti ta version : ce soir-là il était ivre.

À aucun moment je n’ai su lire sa détresse, la peur sur son visage. Ni lorsqu’elle s’est installée sur la banquette arrière, entre mon frère et moi, ni lorsqu’elle nous a serrés fort contre elle. Ce soir-là, elle était prête à mourir à nos côtés.

Photo by Zi Nguyen on Unsplash


Pastiche de Marie Nimier, réalisé dans le cadre du Master Création Littéraire à Toulouse.

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